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Conference papers

Construction d'un parcours de master en rédaction technique : Cadre théorique et considérations méthodologiques pour développer les compétences et l'identité professionnelles des étudiants

Résumé : Cette présentation décrira le modèle théorique et méthodologique mis en œuvre pour caractériser le domaine professionnel de la rédaction technique. Ce modèle a été utilisé pour créer et alimenter un parcours de master LEA (Ingénierie de la documentation technique multilingue) depuis 2007. Il s’agit d’une formation de langues appliquées par excellence, car elle met en pratique trois langues — le français, l'anglais et une troisième langue (l'arabe, l'allemand, le chinois, l'espagnol, l'italien, le portugais ou le russe) — dans un contexte professionnel spécifique à la rédaction technique. La formation a pour objectifs (1) de développer les compétences langagières des étudiants à travers l'acquisition des diverses compétences professionnelles attendues aujourd'hui sur le marché de travail ; (2) d’accompagner les étudiants dans la construction de leur identité professionnelle dans ce domaine. Ce dernier objectif revêt aujourd’hui une importance majeure étant donné que le domaine de la rédaction technique a connu une évolution importante au cours des quinze dernières années. Il ne suffit plus d'avoir de « bonnes compétences rédactionnelles » et de produire des manuels clairs – quelle que soit la langue utilisée. La transformation profonde des pratiques dans ce domaine a eu pour conséquence la mise en place d’une gestion à grande échelle des « méta-produits informationnels » de l’entreprise par le rédacteur technique. Son savoir-faire implique une conception de l’information qui soit dynamique et multi-sémiotique, sachant manipuler texte, image, espace, typographie, couleur, son, vidéo, architecture de l’information et langages naturels, tout en l’adaptant aux besoins de chaque public, situation et contexte. Il repose également sur des compétences en ingénierie de projet appliquée aux fonctions tertiaires des entreprises (traitement de l’information, organisation de processus…), dont le coût représente plus de la moitié des dépenses d’une entreprise aujourd’hui. Pour travailler dans une démarche d’ingénierie de projet, le rédacteur technique doit donc également faire preuve d’une capacité à travailler en équipe, en France et à l’international, mais aussi d’ouverture d’esprit, d’aptitudes relationnelles, de curiosité, d’adaptabilité, de réactivité, de communication/écoute, de déontologie/éthique, de créativité et d’innovation. Ainsi, la question que l’on peut légitimement se poser, en tant que responsable de formation universitaire, est la suivante : de quelle manière une formation universitaire en rédaction technique peut-elle prétendre préparer et soutenir les étudiants à intégrer un tel milieu de travail, où les étudiants doivent être formés non plus à un seul, mais à plusieurs métiers simultanément ? Très clairement, les besoins en formation dépassent très largement l’enseignement structurel des genres professionnels (notices, warnings, manuels d’utilisateur, aides en ligne), que ce soit en anglais, en français, ou bien dans une autre langue. Le curseur doit être placé à un niveau bien plus élevé que celui que l’on aurait pu imaginer il y a encore une dizaine d’années. Dans cette optique, il a été nécessaire de mener une réflexion sur le meilleur cadre théorique et méthodologique à adopter pour accompagner le montage et l’évolution de cette formation professionnelle. Vu la nature de l’objet de formation – l’écrit professionnel – on se tournerait naturellement vers la théorie de genre (Swales 1990, Hyland 2009), car elle permet de conceptualiser et d’analyser les formes de l’écrit et ensuite de les situer dans leur contexte d’usage. Or, en termes d’outils méthodologiques et conceptuels, cette théorie, en maintenant un cloisonnement formaliste entre le texte et le contexte, ne permet ni de cerner la complexité de l’objet de formation décrit ici, ni de décrire le rôle que joue l’identité dans la construction des compétences professionnelles. Depuis Ivanič (1998) pourtant, nous savons que la maîtrise des genres académiques, et par extension professionnels, est autant, voire plus, une question d'appropriation d'identités nouvelles que de maîtrise des caractéristiques formelles des genres. Ce sont d’ailleurs les difficultés à s'approprier l'identité d'une nouvelle communauté qui entravent la participation légitime de l’apprenant à celle-ci (Lave & Wenger, 1992), et par conséquent sa maîtrise de ses formes d’écriture. Ainsi il serait important de réduire l’écart conceptuel entre le texte et le contexte, à l’aide notamment d’un concept comme l’indexicalité qui, comme catégorie de médiation intermédiaire, contribue à combler le fossé entre le texte et le contexte car il ne reconnaît aucun cloisonnement entre les deux. Le courant théorique et méthodologique dans lequel se situe le travail d’Ivanič, les New Literacy Studies, et le tournant anthropologique et ethnographique posé par Street (1995, 1997), permet justement de structurer la réponse que l’on peut apporter à la problématique présentée ici. En effet, dans cette approche on considère que les formes de l’écrit apprises dans un contexte antérieur sont souvent réinvesties dans de nouveaux contextes, de telle sorte qu’il existe une pluralité de formes sociales de l’écrit, qui constituent autant de « littératies » dont les indexicalités peuvent interférer avec l’apprentissage de nouvelles littératies. Par sa conceptualisation de l’écriture, nous comprenons aussi que l’écriture est prise entre les contextes culturels et les rapports de pouvoir autour des « littéracies ». D’autre part, par un recours méthodologique à l’ethnographie dans la tradition de Gumperz et Hymes (1964), d’Ochs (1990), d’Ochs et Schieffelin (1984) et de Heath (1983), les concepts fondamentaux de contextualisation, d’indexicalité et de socialisation langagière nous orientent sur la manière de concrétiser la description du lien entre le contexte social avec son implicite (indexicalité), les écritures à s’approprier (texte), les marqueurs sémiotiques d’appartenance à une communauté (indices) qui y paraissent, et leur émergence incorporée dans l’identité sociale (socialisation) qui atteste de l’acquisition d’une indexicalité par l’apprenant et qui lui permet de mieux naviguer dans les interactions sociales du contexte professionnel spécifique à l’entreprise. En faisant la synthèse des différents apports théoriques, nous présenterons un modèle (Dressen-Hammouda, 2014) qui pourrait contribuer à caractériser un domaine professionnel dans l’objectif de monter une formation. À partir de ce cadre théorique et méthodologique, nous décrirons le processus de montage et d’accompagnement de la formation en rédaction technique, le parcours de master Ingénierie de la documentation technique multilingue, avec les évolutions pédagogiques apportées au cours de dix dernières années pour mieux aider les étudiants à acquérir les compétences professionnelles complexes et multiformes dont ils ont réellement besoin pour réussir dans le monde du travail. Références : Dressen-Hammouda, D. (2014). Pour une approche de rédactologie en langues de spécialité. Mémoire d’HDR, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Gumperz, J. & D. Hymes. (1972). Directions in sociolinguistics : the ethnography of communication. New York : Holt, Rinehart, and Winston. Heath, S.B. (1983). Ways with words : language, life and work in communities and classrooms. New York : Cambridge University Press. Hyland, K. (2009). Academic discourse : English in a global context. London : Bloomsbury. Ivanič, R. (1998). Writing and identity : the discoursal construction of identity in academic writing. Amsterdam : John Benjamins. Ochs, E. (1990). Indexicality and socialization. In J.W. Stigler, R.A. Shweder & G.S. Herdt (Eds.), Cultural psychology : essays on comparative human development. Cambridge : Cambridge University Press, 287–308. Ochs, E. & B. Schieffelin. (1984). Language acquisition and socialization : three developmental stories and their implications. In R. Shweder & R. LeVine (Eds.), Culture theory : essays on mind, self, and emotion. New York : Cambridge University Press, 276–320. Street, B. (1995). Social literacies : critical approaches to literacy in development, ethnography and education. London : Longman. Street, B. (1997). The implications of the 'New Literacy Studies' for literacy education. English in Education, 31, 45–59. Swales, J. M. (1990). Genre analysis : English in academic and research settings. Cambridge : Cambridge University Press.
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Contributor : Dacia Dressen-Hammouda Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, December 9, 2021 - 6:30:04 PM
Last modification on : Thursday, December 16, 2021 - 2:15:27 PM

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  • HAL Id : hal-03473295, version 1

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Dacia Dressen-Hammouda. Construction d'un parcours de master en rédaction technique : Cadre théorique et considérations méthodologiques pour développer les compétences et l'identité professionnelles des étudiants. COALAS (COmpétences professionnelles : Apport des LAngues de Spécialité / Languages for Specific Purposes and Professional Skills), Dec 2018, Grenoble, France. ⟨hal-03473295⟩

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