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Entre centralisation et décentralisation des questions scolaires : relire l'échec de l'école de la République (1789-1802)

Résumé : Les historiens ont maintes fois rappelé que, par-delà ses grands discours théoriques sur l’instruction publique, la Révolution n’a pas su fonder l’école républicaine qu’elle appelait de ses vœux. Ils ont souvent vu dans les résistances opposées par les populations à l’école publique – résistances particulièrement sensibles en milieu rural – une marque d’atavisme politique et religieux du corps social. Dans le détail, les raisons et le rythme de cet échec de l’école de la République sont cependant plus complexes qu’il n’y paraît. Précipitant des évolutions à l’œuvre sur le temps long, les premières années de la Révolution (1789-1795) sont des années de « municipalisation » de l’école élémentaire, sur fond de lois décentralisatrices (tendance qui culmine en frimaire an II), qui facilitent une forte appropriation de l’école par les communautés locales. Mais, en brumaire an III (loi Lakanal), puis en brumaire an IV (loi Daunou), la Convention adopte deux nouvelles lois scolaires qui modifient en profondeur ce fonctionnement des écoles primaires en autorisant, à côté des écoles publiques, l’existence d’écoles privées. En application de ces lois, l’école publique est toute entière placée entre les mains des autorités extra-villageoises (districts, en l’an III, puis départements durant le Directoire). Cette école publique et le choix de ses enseignants échappent désormais à peu près complètement à la communauté d’habitants, à rebours des tendances à l’œuvre depuis plusieurs décennies. Les villageois se saisissent alors de l’école privée qui permet de perpétuer les pratiques locales de la petite école. Plus encore, sur fond de rupture entre les communautés rurales et l’État républicain, dans le cadre d’un processus de centralisation politique et administrative mal accepté par des populations attachées au principe de leur auto-gouvernement, l’appropriation de l’école privée permet aux villageois de démontrer que la communauté entend rester souveraine pour tout ce qui concerne la vie locale. Autour de l’école se joue, en somme, à l’échelle locale et en milieu rural, une forme de confrontation entre la loi générale et la légitimité communale à administrer ses propres affaires.
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https://hal.uca.fr/hal-02564300
Contributor : Côme Simien <>
Submitted on : Tuesday, May 5, 2020 - 6:20:07 PM
Last modification on : Friday, May 8, 2020 - 1:43:20 AM

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  • HAL Id : hal-02564300, version 1

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Côme Simien. Entre centralisation et décentralisation des questions scolaires : relire l'échec de l'école de la République (1789-1802). Michel Biard, Jean-Numa Ducange, Jean-Yves Frétigné (dir.), Centralisation et fédéralisme. Les modèles et leur circulation dans l'espace européen francophone, germanophone et italophone, Presses Universitaires de Rouen et du Havre, 2017. ⟨hal-02564300⟩

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