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Résonances frioulanes

Résumé : Mon rapport aux langues est tributaire du contexte familial dans lequel je baignais, mes parents ayant émigré définitivement d'Italie en France peu avant ma naissance. La langue qu'ils m'ont apprise était donc le frioulan dans sa variante carnique, mais je dois ajouter que ma grand-mère paternelle était slovène et que sa soeur institutrice, une fois mutée d'office en Toscane en raison de la réforme Gentile 2 , conversait avec nous en un italien toscanisant. Peut-il s'agit-il d'une interprétation d'adulte quelque peu fallacieuse, mais je devais identifier l'italien, à l'époque, à la luminosité céruléenne de la Versilia. D'emblée, le fait de devenir locuteur frioulan ne préjugeait pas d'une sensibilisation plurilinguistique et, oserais-je dire, multiculturelle. D'abord le Frioul ancestral, encore havre d'une civilisation sylvo-pastorale, puis la Slovénie faisant partie de la Yougoslavie du maréchal Tito, enfin l'Italie perçue sous un aspect plutôt idyllique de dépaysement balnéaire et sans doute artistique grâce à la splendeur marmoréenne de la Piazza dei miracoli de Pise. En fait, je regrette énormément que mon père ne m'ait pas également appris le slovène que je ne connais que par réminiscences, riches de sonorités captivantes, mais dépourvues de syntaxe. J'aurais pu en quelque sorte rendre hommage à son cousin tragiquement disparu en 1945, dont je porte le prénom. Si j'examine les langues qui présidaient aux échanges intergénérationnels, je dois reconnaître aujourd'hui encore que la situation relevait d'une certaine complexité. Mes parents et mes grands-parents maternels ne s'adressaient à moi qu'en frioulan, sauf ponctuellement devant d'un interlocuteur étranger, auquel cas, comme par mimétisme, ils adoptaient son idiome, c'est-à-dire le plus souvent le français ou l'italien. Mes référents fondamentaux de l'univers domestique, de l'environnement surtout naturel et des sentiments appartiennent sans ambages à ma langue maternelle, ce qui peut expliquer parfois une certaine tergiversation paradigmatique, lorsqu'aujourd'hui je dois choisir un vocable français ou italien, car il m'arrive de ressentir une sorte d'insatisfaction, de déphasage autre que purement sémantique. Si je traduis un texte de Giono où apparaissent les occurrences telles que prairie, champ, foin, rocher, ruisseau, immédiatement le substrat frioulan me propose une myriade de termes renvoyant très précisément à la connaissance empirique des fenaisons et des monts de la Carnie. Les équivalents italiens conviendront bien sûr, car en jouant sur l'implémentation et le transfert, ils 1 Jean-Igor Ghidina, "Résonances frioulanes" in Enfants d'italiens, quelle(s) langue (s) parlez-vous , Témoignages recueillis par Isabelle Felici et Jean-Charles Vegliante, Toulon, Editions Géhess, 2009, p. 75-88 2 Elle visait également à expurger les terres irrédentes des enseignants allophones.
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Contributor : Jean-Igor Ghidina <>
Submitted on : Friday, November 29, 2019 - 9:21:58 PM
Last modification on : Wednesday, March 4, 2020 - 12:16:02 PM

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  • HAL Id : hal-02387610, version 1

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Jean-Igor Ghidina. Résonances frioulanes. Enfants d’italiens, quelle(s) langue (s) parlez-vous Témoignages recueillis par Isabelle Felici et Jean-Charles Vegliante, Toulon, Editions Géhess, 2009, 2009. ⟨hal-02387610⟩

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