Quand l’Écosse regardait vers l'Orient : la Compagnie écossaise de l'Afrique et des Indes, 1695-1707. Appel de l'Est ou appel de l'Ouest ?

Abstract : Tout en maintenant ses divers engagements vers l’Europe (négociants, mercenaires), l’Ecosse du XVIIe siècle regarde certes vers l’Ouest en vue d’une nouvelle implantation aux Amériques, à proximité des colonies anglaises ou françaises, voire espagnoles – plusieurs tentatives auront lieu (Nova Scotia, East New Jersey, Caroline du Sud), toutes vouées à l’échec – mais sans exclusive : les années 1690 voient la naissance d’un grand rêve tourné vers le commerce oriental, autour de la Company of Scotland Trading to Africa and the Indies. La tentative du Darien paraît, à première vue, différente : située en Méso-Amérique, elle est pourtant bien le fait de cette compagnie à charte nouvellement fondée autour, pourtant, d’un objectif oriental assumé. Cette « désorientation » temporaire des orients du projet initial, due à William Paterson, vise en fait à mettre en contact permanent les espaces pacifique et atlantique au niveau de l’Isthme de Darien, partie continentale la plus étroite du continent américain et voie de transbordement de la Carrière des Indes espagnole. Cette route commerciale écossaise devait apporter la prospérité au royaume septentrional des Iles britanniques, les richesses engendrant les richesses, selon l’instigateur du projet. Paterson envisageait, non une colonisation territoriale classique, mais bien plutôt un « entrepôt mondial » où règneraient la tolérance religieuse (sans aller toutefois jusqu’à accueillir l’athéisme), et les contacts entre les peuples – ambition d’un « tout-monde » pacifique, bien loin des anciens conquérants d’empire aux mains souillées de sang, et exclusivement voué au commerce, dans un cadre interculturel que soulignerait la nouvelle interconnectivité des territoires. Importer des épices, des porcelaines de Chine et du Japon, des étoffes, soieries ou cotonnades de l’Inde : le projet périt trop vite, sous le coup des maladies, des dissensions internes, et des Espagnols, pour voir le jour. La conception idéaliste de Paterson fut, semble-t-il, battue en brèche dès l’abord par d’autres conceptions moins pacifiques. Après l’échec du Darien, la Compagnie revint à ses classiques, et se tourna de nouveau vers l’Orient, comme il avait été initialement prévu, au grand scandale de l’East India Company (Compagnie des Indes orientales) de Londres, qui y voyait une concurrence déloyale et dangereuse. D’autres tentatives de moindre envergure se firent jour, vers la Chine ou l’Inde, de manière plus traditionnelle. Les Orients se réorientaient donc, non sans péril, certes, comme en atteste la perte du Rising Sun, mais avec moins d’originalité.
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Contributor : Sophie Jorrand <>
Submitted on : Sunday, September 15, 2019 - 11:53:42 AM
Last modification on : Monday, February 10, 2020 - 12:17:30 PM

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Sophie Jorrand. Quand l’Écosse regardait vers l'Orient : la Compagnie écossaise de l'Afrique et des Indes, 1695-1707. Appel de l'Est ou appel de l'Ouest ?. Jean-Pierre Dubost et Axel Gasquet. Repenser la relation asiatique : de la conquête à la rencontre. La configuration de la modernité et la relation-monde., Kimé, pp.43-58, 2018, 978-2-84174-910-2. ⟨hal-02288634⟩

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